TADJIKISTAN (RÉPUBLIQUE DU)


TADJIKISTAN (RÉPUBLIQUE DU)
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TADJIKISTAN RÉPUBLIQUE DU

Le Tadjikistan est une cote mal taillée. Les deux grandes villes historiques de la culture tadjike, Samarkand et Boukhara, ont été intégrées à l’Ouzbékistan lors du partage de 1924. Les 143 000 kilomètres carrés du territoire sont essentiellement composés de hautes montagnes, et les trois grandes parties du pays (la région autonome du Gorno-Badakhchan; les provinces de Koulab et Kourgan-Teppe ainsi que la région de Douchanbé; la province de Léninabad, au nord) sont coupées les unes des autres par la neige d’octobre à mai. De forts particularismes locaux se sont développés. Sur les 5,5 millions d’habitants en 1989, on comptait 60 p. 100 de Tadjiks, 20 p. 100 d’Ouzbeks et 20 p. 100 de Russes, mais la plupart de ces derniers ont fui le pays depuis la guerre civile de 1992.

Depuis l’indépendance proclamée le 8 septembre 1991, le Tadjikistan n’a jamais trouvé la stabilité. À l’élection présidentielle de novembre 1991, l’ancien premier secrétaire du Parti communiste (de 1981 à 1985), Rakhmon Nabiev, fut élu contre le représentant de l’opposition unie, Dawlat Khodanazar, mais avec seulement deux tiers des voix. Le Parlement était composé d’apparatchiks tous élus en 1990. Au début de 1992, l’opposition organisa des manifestations sporadiques sur la place des Chahidan (Martyrs), en face du palais présidentiel. Ces manifestations devinrent permanentes à partir d’avril. La revendication officielle était la démission du président du Parlement, Safar Ali Kendjaïev. L’opposition regroupait le Parti démocrate, dirigé par Chadman Youssouf, le mouvement Rastakhiz (nationaliste, dirigé par Tahir Abdouldjabbar) et le Parti de la renaissance islamique (dirigé par Charif Himmatzade), ainsi que des jeunes venus de la région du Gorno-Badakhchan, dans le Pamir. Mais derrière ces mouvements politiques, les véritables clivages reposent sur l’appartenance régionale. Dans le camp gouvernemental, on trouve avant tout la faction de la province de Léninabad, dans le Nord, dont la capitale est Khojent. Cette province, qui avait été incorporée à l’Empire russe dès 1864 et qui fit partie de l’Ouzbékistan jusqu’en 1929, a été plus russifiée que le sud du pays (incorporé en 1920 seulement); elle a fourni l’ensemble des premiers secrétaires du Parti communiste de 1946 à 1991. Pour tenir le pouvoir, elle s’était alliée dans les années 1970 à la province de Koulab dans le Sud. Lors des événements de 1992, Léninabadi et Koulabi furent soutenus par la population ouzbèke vivant au Tadjikistan ainsi que par les Russes.

L’opposition rassemblait d’abord un certain nombre d’intellectuels démocrates venant de la vallée de Zarafchan (comme Atakhan Latifi), dans le sud de la province de Léninabad, mais surtout les habitants originaires de la vallée de Gharm et ceux du Gorno-Badakhchan. Ces derniers, appelés aussi «Pamiri», ont la particularité d’être de religion ismaélienne et de parler des langues régionales spécifiques, d’origine iranienne. Très laïques, ils jouèrent un grand rôle dans l’implantation du communisme au Tadjikistan dans les années 1920, mais leur intelligentsia fut décimée par les purges staliniennes des années 1930; écartés du pouvoir, ils furent nombreux parmi les intellectuels et artistes du Tadjikistan. En 1980, pour des raisons obscures mais sans doute liées à l’invasion soviétique de l’Afghanistan (pays où les ismaéliens soutinrent le régime communiste), les Pamiri se virent confier les postes clés en matière de sécurité (dont le ministère de l’Intérieur en 1991 à l’un des leurs, Naudjawanof). Les Gharmi, habitants de la vallée de Gharm (à l’est du pays), subirent comme leurs voisins et rivaux koulabi, des déplacements forcés de population vers les terres chaudes du Sud, destinées à la culture du coton. Une première vague en 1930 fut suivie par une deuxième dans les années 1950. Loin d’entraîner la fusion des différentes populations, ces déplacements renforcèrent les identités régionales et les antagonismes. En particulier, une rivalité profonde opposa Gharmi et Koulabi, bien qu’ils fussent tous tadjiks; ils se trouvèrent juxtaposés mais pas mélangés dans la province de Kourgan-Teppe. Les kolkhoz de cette région était le plus souvent mono-ethniques (des Tadjiks, des Ouzbèkes, des Pamiri) avec parfois une cohabitation tendue entre Gharmi et Koulabi.

À cette fragmentation purement régionaliste se sont superposés des choix plus idéologiques. Khojenti et Koulabi restent fidèles sinon aux valeurs communistes du moins au système soviétique et à l’alliance prioritaire avec Moscou, tandis que les Gharmi ont rallié massivement le Parti de la renaissance islamique, proche de l’idéologie des Frères musulmans égyptiens et du Jama’at-i islami pakistanais. Ce parti, fondé en 1990 à l’échelle de toute l’U.R.S.S., ne trouva de véritables bases populaires qu’au Tadjikistan. La section tadjike prit donc son autonomie dès 1992, avec pour dirigeants Charif Himmatzade, Dawlat Osman et Abdoullah Nouri, le véritable chef charismatique du parti. Tous étaient gharmi, comme le chef du clergé officiel musulman de la république, Akbar Touradjanzade, qui soutint discrètement la coalition pour en devenir le véritable chef politique en 1993. La coalition des deux factions régionales, Gharmi et Pamiri, avec le Parti démocrate et Rastakhiz obtint en mai 1992 l’éviction du président du Parlement et la mise en place d’un gouvernement de coalition. Mais ce gouvernement ne réussit pas à s’imposer. Dès juin des combats éclatent entre Gharmi et Koulabi, dans la province de Kourgan-Teppe. En septembre, le président Nabiev est contraint à la démission, mais les Koulabi, soutenus discrètement par les Russes, prennent l’avantage militaire. Lors d’une session tenue à Khojent en novembre, le Parlement intronise un nouveau gouvernement, avec un Koulabi à la tête du Parlement et faisant fonction de chef de l’État (Imamali Rakhmanov) et un Khojenti comme Premier ministre (Abdoulmalik Abdoulladjanov). En décembre, les Koulabi s’emparent de Douchanbé. Une répression brutale fait des dizaines de milliers de morts chez les Pamiri et les Gharmi. Des dizaines de milliers de Gharmi s’enfuient en Afghanistan.

Tandis que les Koulabi consolident leur pouvoir au détriment de leur anciens alliés, l’opposition s’organise en Afghanistan, autour d’une coalition islamo-démocratique mais dont l’élément moteur est le Parti de la renaissance islamique. Des opérations armées sont régulièrement lancées contre les gardes-frontière russes, tandis qu’un petit maquis se met en place dans la haute vallée de Gharm.

L’O.N.U. et la C.S.C.E. installent en janvier et en août 1993 des missions au Tadjikistan. L’envoyé spécial de l’O.N.U., Ramiro Piriz-Ballon, élabore un cadre de négociations entre le gouvernement de Douchanbé et l’opposition, en présence d’observateurs des pays riverains et de la Russie. Mais les réunions successives de Moscou (avr. 1994), Téhéran (juin 1994), Islamabad (oct. 1994) et Alma-Ata (juin 1995) n’aboutissent qu’à la mise en place d’un cessez-le-feu, sous le contrôle d’observateurs de l’O.N.U. Les Koulabi au pouvoir bloquent toute possibilité d’ouverture politique en organisant une élection présidentielle (élection d’I. Rakhmanov contre A. Abdoulladjanov en novembre 1994) et des élections législatives (févr. 1995) qui leur permettent d’accaparer encore plus le pouvoir, au détriment de leurs alliés léninabadi. L’Ouzbékistan, initialement très hostile à l’opposition, prend fait et cause pour la province de Léninabad (économiquement tournée vers l’Ouzbékistan) et entame un dialogue avec l’opposition. La Russie, tout en se déclarant favorable aux négociations sous l’égide de l’O.N.U., reste étroitement associée au gouvernement koulabi: ce sont les gardes-frontière russes qui se battent contre les infiltrations de l’opposition, tandis qu’une force d’intervention de quelque 20 000 hommes, essentiellement russes, s’est installée dans le pays.

Mais la protection russe reste confinée au domaine militaire. Le Tadjikistan, demeuré dans la zone rouble en raison de son manque d’autonomie économique, se voit contraint en mai 1995 d’instaurer sa propre monnaie, le rouble tadjik, faute du soutien de la banque centrale russe. Alors que les industries ne fonctionnent plus et que les salaires ne sont plus payés, une économie parallèle se met en place, basée sur les divers trafics, dont celui de la drogue en provenance d’Afghanistan. Les grands complexes industriels (comme l’usine d’aluminium de Toursounzadé) sont conservés par la Russie en gage du remboursement des dettes.

Le Tadjikistan n’a donc jamais pu devenir vraiment un pays indépendant. Il reste sous protectorat russe au grand dam de son voisin ouzbek soucieux de jouer un rôle de puissance régionale.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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